L’écho des ruines Dieter Appelt Astrid Staes
La prochaine exposition de la galerie des Minimes propose une mise en résonance de deux artistes, dont les thèmes et le questionnement se croisent, à travers un travail exigeant de photographie argentique.
D’un côté Astrid Staes, jeune photographe française, dont le regard aigu et fin se porte sur des lieux délaissés, porteurs d’un passé qui, dans une errance salvatrice « nous parle, si nous savons entendre ». C’est lors d’une longue période d’errance médicale qu’Astrid a cherché un écho à son questionnement dans le silence et lespace oublié des ruines.
«C’est dans les ruines que la voix qui questionne n’obtient que son écho. »
La ruine, comme un corps malade, sur-vit face à la chute, se régénère, senrichit. Elle est la fin de tout, et le début de tout. Le temps s’y fait élastique, relatif. L’artiste cisèle ses photos de paysages ou de natures mortes, aux contours sculptés par la lumière. L’oeuvre aboutit ainsi à un meilleur inespéré, à travers un chemin qui passe toujours par une forme de destruction. La ruine se trouve finalement plus complète que l’édifice intègre qui la précède.
En parallèle, la galerie présente avec la Galerie Françoise Paviot, des oeuvres de Dieter Appelt, artiste allemand immense et puissant né en 1935. Athlète poète, esthète cérébral, sa pratique de l’art, expérimentale et variée, met souvent en scène son corps dans des performances qu’il filme ou photographie dans des situations extrêmes. Nu allongé dans un champ de neige, visage couvert de terre, corps momifié enrobé de bandelettes, ses constructions mentales interrogent la vie à travers des stratifications visuelles d’ordre minéral.
A l’instar d’Astrid Staes, son travail intense explore le temps, le corps, sa résilience possible, l’absence narrative, le passé présent. Son inspiration, riche, se nourrit d’art et de poésie. Beuys, le cinéma de Bunuel ou de Tarkovski, la poésie de T.S. Eliot ou d’Ezra Pound, entre autres, sont toujours présents en filigrane dans son oeuvre. Comme Anselm Kiefer, il se sait l’héritier d’un passé infâme, une forme de maladie que l’on doit évacuer, ou dépasser, et qu’il n’hésite pas à évoquer dans des photographies de lieux vides, fantômes, qu’un passé ressuscité remplit à nouveau.
Un beau dialogue donc, entre deux poètes en images, évoquant, chacun à sa manière, le rapport de la mort à la vie, à travers un désert sans bruit, illuminé d’ombres. La désolation apparente est porteuse d’espoir. Le corps caché ou représenté dans loeuvre, se tient cependant présent toujours, même dans l’absence et le silence. Alchimistes contemporains, ils transforment en visible l’invisible, en plein le vide, en vie la mort, et en préhensile l’incompréhensible.
FROM HONYARADO Kai Fusayoshi
La Galerie des Minimes est heureuse de présenter le travail de l’artiste Kai Fusayoshi, photographe emblématique et figure majeure de la contre-culture à Kyoto dans les années 70.
À l’instar d’Henri Cartier-Bresson ou Robert Doisneau, Kai-san est un photographe de la rue. Poète qui s’exprime par l’image, il parvient à recueillir les émotions, des plus infimes aux plus frappantes dans ses clichés pris sur le vif.
Il fonde en 1972 le café et bar Honyarado, salon culte de la contre-culture kyotoite où se rencontrent artistes, écrivains, militants, philosophes, professeurs et étudiants. Alors en plein boom de reconstruction d’après-guerre, le Japon connaît l’explosion idéaliste de la jeunesse internationale.
Le lieu prend feu en 2015, lors d’un incendie criminel. Cet événement dévastateur a de grandes répercussions, Kai-san y perd la quasi-totalité de ses archives – 2 millions de négatifs, un grand nombre de tirages argentiques et livres qu’il avait publiés.
Aujourd’hui âgé de 74ans, l’homme et son oeuvre sont enfin mis en lumière dans la capitale francaise. Nous avons l’immense honneur de présenter pour la première fois des tirages sauvés des flammes, célébrant ainsi la vie et l’importance de Kai Fusayoshi dont les images sont devenues le témoignage unique d’une grande époque.
WAVERING GROUNDS : Time in Reverse. Lana Von Thorn
Lana Von Thorn puise ses idées dans un dictionnaire d’images intimement élaboré, offrant ainsi une méditation sur l’existence et la perception. Son travail sinscrit dans une démarche où notre propre relation à l’espace est remise en question, l’artiste travaillant toujours en harmonie avec l’environnement qui l’entoure. L’exposition sera la manifestation visuelle et conceptuelle des vestiges d’une civilisation futuriste, capturés dans une boucle temporelle, émergeant ainsi comme le témoignage d’une improbable fusion entre différents points de l’espace-temps. En adaptant son geste à travers un hommage aux structures de l’oeuvre city de Michael Heizer, Lana Von Thorn célèbre les symboles d’une archéologie audacieuse et nous invite à embrasser une rencontre entre différentes époques.
Si l’analogie platonicienne sur la beauté et la vérité est souvent associée aux mathématiques, elle est ici exprimée dans la représentation inépuisable de l’image de la grille, métaphore de cette quête d’ordre et de symétrie. Pour l’artiste, la grille transcende les frontières du tangible, évoquant les concepts infinis et les structures géométriques qui sous-tendent l’univers. Le grillage comme révélateur de tensions. C’est en plaçant une confiance absolue dans ses mains que le métal devient l’environnement, révélant le recouvrement de la terre par des éléments façonnés par l’homme, où la nature et l’artifice se confondent. Lana Von Thorn ne laisse aucune place à l’erreur ni à l’accident.
Chaque sculpture est la conséquence d’une vision claire et précise, reproduite à l’identique de ce qu’elle avait imaginé dans son esprit. Elle crée ainsi des mondes poétiques à habiter, des univers où chaque détail est soigneusement pensé et exécuté.
« Ma chambre est mon laboratoire d’idées et d’émotions ». En habitant, en transformant et en découpant l’espace d’exposition, Lana Von Thorn ouvre les portes de son intimité et de son processus créatif. En s’immergeant 24 heures sur 24, l’artiste invite le spectateur à devenir témoin de ses obsessions, où les idées prennent forment, interrogeant les limites de l’exposition et de la contemplation. Wavering grounds : Time in Reverse est une installation où chaque sculpture est le fruit d’une réflexion minutieuse sur la complexité des informations qui nous enferme. À travers une architecture silencieuse, chaque forme semble parler un langage universel. C’est en jouant avec ce délicat paradoxe, où présent, passé et futur se rencontrent, que l’artiste cherche à nous donner accès à un paysage en apparence modeste, mais indéniablement complexe.
— Emma O’Quigley
ENTRE Florence Grundeler










































































